Avant le Monde, il n’y avait qu’un Palais infini, sans haut ni bas, qui s’étendait dans toutes les direction. Son maître, Il, est évoqué ailleurs. L’Unique Se rendit donc dans une des salles de Son Palais et décida que dans cette salle, et dans cette salle uniquement, il n’y aurait pas qu’un Tout, qu’il y aurait un intérieur et un extérieur, un haut et un bas, un début et une fin. Il prit de l’argile et le façonna de Son Esprit pour lui donner la forme d’un bouclier rond et bombé. Puis, avec de l’électrum, Il façonna de Son esprit des milliers de Dieux. Il agitait Ses Mains et par Sa volonté, l’électrum se modelait pour donner aux Dieux leur apparence. À chacun Il donna des pouvoirs phénoménaux et différents. Il Les instruisit de nombreux secrets et d’autres choses que ne peuvent entrevoir les mortels. Il Leur enseigna également certains Noms Véritables, mais Il les donna tous au Divin Sribe.
Puis l’Unique déposa Ses créatures sur le Monde encore jeune. Prenant une dague acérée, Il Se perça le poignet, et étendit Ses bras au-dessus du Bouclier, de telle sorte que Son manteau le recouvrît et formât la voûte céleste, et que le sang qui jaillissait de Son bras coulât sur le Monde. Au contact de ce sang divin et du sol, une étincelle illumina le Monde aussi brièvement que vivement, et les Dieux S’animèrent. Cette étincelle divine marque le commencement de
Les deux derniers Dieux qu’Il créa sont de Tous les plus puissants. L’Avant-dernier fut modelé par les gestes de
Sur un geste du Divin Scribe, ces montagnes se couvrirent d’herbe verte et épaisse, et des arbres à l’éclat argenté poussèrent le temps d’un battement de cœur. Les Dieux S’émerveillèrent et rirent, et le son de Leur rire dévala les collines comme une cascade de joie. À chaque vallon où résonnait ce son, des arbres semblables à ceux qu’avait créés le Divin Scribe poussèrent, et à leur racines fleurirent des duïdhal, fleurs aux pétales bleus piquetées en leur centre d’or, ayant grande vertu médicinale, et pouvant vivre des millénaires sous les arbres luisants.
Là, les sorbiers fins et hauts tendirent leurs branches d’argent vers les cieux pour remercier l’Unique d’avoir donné vie par la joie à ce monde, qui ne devait point tarder à être inondé de sang rouge et bouillant. Depuis l’établissement des Dieux en Leurs Domaines, les pétales de duïdhal portent des taches pourpres à leurs extrémités, preuve du seul mal dont Ils furent responsables, détruire la vie.
Quand vinrent les Dieux sur le Monde, Ils foulèrent une terre riche mais vide, des étendues infinies dont le néant n’était égayé que par le faible murmure du vent. Seules les pierreries des atours de l’Unique produisaient quelque lumière. Il est raconté ailleurs comment naquirent le Soleil et
Le Divin Scribe fut donc le premier à exercer Son pouvoir, à manipuler l’art de la sorcellerie. De par Sa volonté, Il créa un jardin immense autour des collines où avaient fleuris les premiers arbres, dans lequel s’élevaient des dizaines de palais, tous plus merveilleux les uns que les autres. Là vécurent les Dieux pendant un temps inconcevable. L’harmonie régnait, au côté de la joie et du bonheur. Des jardins de Naëdhaï est issue la beauté, où que l’on la trouve. En chaque merveille réside l’ébauche d’un souvenir, une ombre de ce qu’étaient les splendeurs de Naëdhaï, rien de plus.
Vint un jour où le Divin Scribe partit, pour s’aventurer de par le Monde. Une partie de Son infini savoir vient de là ; Il a contemplé chaque lieu avant la venue des Dieux en Leurs Domaines. Ce qu’Il accomplit durant les siècles de Son errance est narré ailleurs. Durant cette période, les Dieux connurent plusieurs désaccords. En l’absence de la sagesse du Divin Scribe, Ils ne tardèrent point à S’affronter, S’opposant sur tout. La fin des Temps Premiers vint lorsque la plupart des Dieux décida de quitter Naëdhaï.
Les Dieux n’étaient point d’accords entre Eux ; certains souhaitaient établir des royaumes où Ils régneraient en maîtres, d’Autres préféraient peupler, niveler et boiser les terres qu’Ils traversaient, laissant leurs créatures aller à leur convenance, Les suivre et vivre en nomade s’ils le désiraient, s’établir où ils le voulaient et être sédentaire selon leur volonté.
L’Œuvre de
Des armées sans nombres de combattants d’une puissance inimaginables quadrillaient le Bouclier entier, avant même qu’il ne devînt le Monde connu ultérieurement. La terre riche et malléable, encore plate et sans relief, tremblait sous le pas de ces terrifiantes légions. Quand deux patrouilles de faction différentes se rencontraient, le combat était si terrible qu’en de nombreux endroits le Bouclier se trouva ébranlé.
Les Dieux les plus paisibles savaient que cette guerre valait d’être menée, car le camp qui l’emporterait aurait amené la paix selon sa propre conception, et se serait assurée une suprématie éternelle. Mais d’autres divinités ne voulurent point combattre. Peu d’entre Elles survécurent à
Le sang des Dieux coula, versé par les Dieux Eux-mêms, et la terre où l’un d’Eux est tombé et repose est marquée par la haine et la peur. Un épisode tragique, révélé dans l’Histoire du Monde, est la destruction des jardins de Naëdhaï. Quelques Dieux y résidaient encore lorsqu’une cohorte de divinités du désordre y voulut détruire le symbole de l’unité passée des Dieux. Ceux qui n’avaient pas voulu abandonner les palais du Divin Scribe les défendirent jusqu’à Leur mort. Ainsi périt la beauté originelle, qui ne peut plus être devinée que dans le Chant du Monde, la musique de la vie, chantée par les sylphes de
De grands cairns accueillent les sépultures des Dieux. Enterrés par Leur frère selon des rites dédiés à l’Unique qui sont depuis longtemps oubliés, Leur corps préservé de la flétrissure, nimbé dans une lueur froide révélant Leur divine nature repose sous de funestes tumuli. Si de tels lieux ont attiré des chasseurs de trésors qui le prirent pour un tombeau de roi regorgeant de trésors, les impies qui commirent la faute de pénétrer dans ce sépulcre moururent dès qu’ils entrèrent dans la chambre funéraire. La puissance d’un Dieu ne s’évanouit pas à sa mort, et malheur à quiconque désirerait violer son tombeau !
Finalement, les Dieux de l’Ordre prirent le centre du Monde du Bouclier pour fief. Les vassaux de l’Œuvre de
C’est alors que le Divin Scribe revint des entrailles du Monde. Sur Son ordre, Lui Qui, plus que nul autre, ressemble à l’Unique et connaît ou entrevoit Ses desseins, les Dieux fidèles à l’Œuvre de
Peu de conflits de l’ampleur de